Kaliningrad : pour éviter une « victoire » de la Russie, la Lituanie ne contestera pas Bruxelles
La Lituanie a déclaré jeudi (14 juillet) qu’elle ne tenterait pas de contester la clarification de la Commission européenne autorisant le transit ferroviaire à travers son territoire pour les marchandises à usage civil visées par des sanctions vers l’enclave russe de Kaliningrad.
La Lituanie a déclaré jeudi (14 juillet) qu’elle ne tenterait pas de contester la clarification de la Commission européenne autorisant le transit ferroviaire à travers son territoire pour les marchandises à usage civil visées par des sanctions vers l’enclave russe de Kaliningrad.
« Il ne serait pas rationnel de consacrer notre temps et notre énergie à des discussions portant sur la question de savoir si une kilotonne d’acier peut être transportée par voie ferroviaire d’une partie de la Russie à l’[exclave russe de] Kaliningrad », a confié la Première ministre lituanienne Ingrida Šimonytė aux journalistes à Vilnius.
« Toute nouvelle dispute à ce sujet serait une véritable victoire pour le Kremlin. »
Dans une tentative de désamorcer les tensions croissantes entre la Lituanie et la Russie, la Commission européenne a mis à jour, mercredi (13 juillet), ses lignes directrices sur la circulation des marchandises soumises aux sanctions entre la Russie continentale et son exclave de Kaliningrad.
Moscou sera autorisé à faire transiter par voie ferroviaire à travers la Lituanie, qui est un État membre de l’UE, des biens à usage civil figurant sur la liste des sanctions, et ce dans des quantités comparables aux livraisons d’avant l’invasion.
Toutefois, l’exécutif européen a ajouté que les autorités nationales des États membres seraient tenues de « vérifier si les volumes de transit restent dans les limites des moyennes des trois dernières années » afin de s’assurer « qu’il n’y a pas de flux inhabituels ou de schémas commerciaux qui pourraient permettre un contournement [des sanctions] ».
Les marchandises faisant l’objet de sanctions de l’UE, comme l’acier et le ciment, ne seront toutefois pas autorisées à transiter par la route, peut-on lire dans le communiqué.
S’exprimant à Vilnius un jour après la décision, Mme Šimonytė a déclaré que les institutions lituaniennes accueillaient favorablement les éléments de clarification concernant les biens militaires et à double usage, le transit technologique ainsi que le contrôle de la quantité de marchandises.
Les institutions lituaniennes prendront en compte les clarifications « mais pas parce que nous pensons qu’il y a eu quelque chose de mal depuis le 17 juin, mais parce qu’il n’y a pas eu de clarifications ou d’explications officielles », a-t-elle ajouté.
La Lituanie maintiendra les restrictions sur les flux commerciaux vers Kaliningrad pendant qu’elle élabore de nouvelles règles.
« Des contrôles devront être mis en place pour certaines marchandises sanctionnées […]. La Lituanie devra établir des règles pour les contrôles, et d’ici là, les procédures en vigueur resteront en place », a déclaré Mme Šimonytė, sans donner de calendrier pour la création des nouvelles règles.
Selon elle, si Vilnius acceptait cette clarification, ce serait « par respect » des orientations de la Commission européenne, par unité dans l’application des sanctions de l’UE et, « surtout », au nom de l’unité transatlantique.
Si la Lituanie refuse d’accepter et de s’aligner sur les clarifications, l’affaire devra être examinée par la plus haute juridiction de l’UE, et Mme Šimonytė estime qu’il serait « irrationnel » de poursuivre les discussions.
« Si nous accordions beaucoup de temps à ce débat, ce serait une véritable victoire du Kremlin. »
Au lieu de cela, la Première ministre lituanienne a déclaré que l’UE devrait se concentrer sur le maintien du soutien à l’Ukraine et sur de nouvelles sanctions contre Moscou.
Au cours des dernières semaines, l’Union européenne a souligné que les restrictions seraient conformes à l’application technique de son régime de sanctions, réfutant le récit russe d’un quelconque « blocus » de l’exclave, les marchandises civiles ayant pu circuler et aucun transport ferroviaire n’ayant été arrêté.
Pas de changement de position
Le Kremlin a déclaré jeudi qu’il y avait encore du travail à faire concernant l’interdiction par l’Union européenne du transit de marchandises sanctionnées vers le territoire russe de Kaliningrad.
« Le travail et les contacts vont se poursuivre, car il y a encore un certain nombre de questions auxquelles il faut répondre », a affirmé le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, face aux journalistes à Moscou.
La Russie a déclaré qu’elle se félicitait de cette clarification, bien que le gouverneur de Kaliningrad ait déclaré que des mesures de représailles restaient « sur la table » si l’exclave devait être coupée du continent russe.
L’ancien président russe Dmitri Medvedev a déclaré sur Telegram que « l’UE a admis à contrecœur que les conditions de transit vers notre région de Kaliningrad sont équitables ».
Toutefois, pour contrer les critiques selon lesquelles l’UE aurait cédé face à Moscou, les responsables européens ont souligné que, dans la pratique, l’application des sanctions convenues dans les précédents paquets de sanctions sur le transit des marchandises ne change pas.
« Nos orientations [sur le transit vers Kaliningrad] font partie de nos échanges techniques réguliers avec les États membres et je pense qu’il est vraiment important de préciser qu’il n’y a absolument aucun changement de position », a déclaré Daniel Ferrie, porte-parole de la Commission européenne, jeudi à Bruxelles.
« Nos orientations rappellent simplement les règles, les sanctions », a déclaré M. Ferrie, ajoutant que les nouvelles réglementations n’ont « pas été discutées avec la Russie ».
Alors que certains responsables du bloc ont critiqué en privé l’ampleur et l’intensité des contrôles effectués par la Lituanie sur les trains russes, pointant du doigt le potentiel d’escalade dans la région balte, d’autres soulignent que cela a mis à jour le point faible de la Russie pour de futures mesures de sanction.
« Nous avons exposé le point faible de la Russie, celui où nous pouvons vraiment les frapper si nous le voulons », a confié un fonctionnaire européen à EURACTIV.
« Et s’ils veulent entrer en confrontation et riposter contre la Lituanie, ils devront faire face à la possibilité d’un conflit […], et ils y réfléchiront à deux fois », a poursuivi le fonctionnaire.